J'ai demandé à Claude d'analyser mes 50 dernières activités Strava pour construire mon plan running jusqu'à Dinard, mon objectif de cette année. Ce que ça change, et ce que ça ne remplace pas.

À trois mois du Triathlon de Dinard, j’avais un problème concret : comment augmenter ma vitesse sans pour autant exploser mes bpm. Mon objectif immédiat pour Deauville le 19 juin, c’est de tenir le 10 km sans dépasser 170 bpm, rester sous le seuil lactique pour ne pas partir en dette d’oxygène dès le début du run. Sur le long terme, l’objectif c’est de descendre à 40 min à cette même FC maîtrisée, pour Dinard en septembre. L’écart est important, et je ne voulais pas construire un plan à l’aveugle, surtout après le syndrome de la bandelette ilio-tibiale qui m’a ralenti en début d’année. Alors quand Strava a lancé son connecteur MCP pour Claude le 8 juin, j’ai voulu tester ce que ça donnait vraiment, pas en théorie, mais sur ma préparation réelle.

Ce qu’est le MCP Strava en deux phrases

MCP, ça veut dire Model Context Protocol. En pratique, c’est un connecteur qui permet à Claude d’accéder directement à votre compte Strava sans que vous ayez à lui copier-coller quoi que ce soit. Vous activez le connecteur dans les paramètres de Claude, vous vous authentifiez avec votre compte Strava, et l’IA peut lire vos activités, vos zones FC, votre profil athlète et votre matériel. C’est tout. Pas de fichier .fit à exporter, pas de capture d’écran à joindre.

Ce qu’il faut pour se lancer

Deux abonnements payants sont nécessaires :

Le premier : un abonnement Strava Summit (l’offre payante de Strava). Le connecteur MCP n’est pas accessible avec un compte gratuit. L’abonnement coûte environ 6 € par mois ou 55 € à l’année. Si vous utilisez déjà Strava activement pour votre suivi triathlon, vous l’avez probablement déjà.

Le second : un compte Claude Pro (l’offre payante d’Anthropic, l’éditeur de Claude). C’est depuis cette interface que vous activez le connecteur Strava, dans les paramètres sous “Connecteurs”. Le tarif est d’environ 20 € par mois. Une fois les deux comptes actifs, l’activation prend deux minutes : vous autorisez Claude à accéder à votre Strava, et c’est réglé.

Ce que Claude a lu dans mes données

Sur les 3 derniers mois (mars à juin 2026), Claude a analysé 50 activités toutes disciplines confondues. Sur le run, il a identifié mon meilleur effort 10 km : 53’49” le 9 mai, avec une FC moyenne de 168 bpm et un pic à 188. Sur le 10 km du 30 mai, la FC moyenne atteignait 170 bpm avec un max à 180. Deux constats ont émergé immédiatement.

Le premier : je cours mes sorties “faciles” bien trop vite. Ma FC monte rapidement dès le début des activités nocturnes, ce qui signifie que je n’accumule pas vraiment du volume aérobie : j’accumule de la fatigue. Le second : ma cadence tourne autour de 83-87 spm, bien en dessous des 90 spm qui permettraient de réduire la charge cardiaque à vitesse équivalente. Ce sont des données que j’avais dans Strava depuis des semaines sans vraiment les interpréter.

Profil running des 3 derniers mois issu de l'analyse Claude : 10 km récent en 53'49" à FC moyenne 168 bpm, avec comparaison visuelle entre niveau actuel et objectif 40 minutes

Sur le vélo, les données cardio n’étaient pas disponibles sur mes sorties extérieures. Bug avec ma ceinture cardio. Claude l’a signalé directement plutôt que d’inventer une analyse, c’est un détail qui compte.

Le plan 12 semaines : ce que l’IA a construit

L’objectif que j’ai posé : passer de 53’49” à 40 min sur 10 km à FC ≤ 170 bpm, pour le triathlon de Dinard le 12 septembre. Claude a calé le plan sur cette fenêtre en intégrant deux semaines d’affûtage post-Deauville (19 juin) avant de repartir en construction.

Les phases générées : deux semaines de récupération active après Deauville, quatre semaines de construction aérobie à basse intensité, deux semaines de travail au seuil, deux semaines de VMA courte, et deux semaines d’affûtage avant Dinard. La semaine 8 est prévue comme baromètre : un 10 km test à allure contrôlée pour ajuster l’objectif final selon la FC réelle à cette allure.

Plan d'entraînement sur 12 semaines montrant les phases de récupération, construction aérobie et développement seuil jusqu'au Triathlon de Dinard, généré par Claude depuis les données Strava

Ce que l’IA ne peut pas savoir, et que j’ai dû apporter : mon antécédent de TFL. Dès que je l’ai mentionné, l’analyse a changé de dimension. Claude a intégré que le vélo sollicite la bandelette ilio-tibiale avant même que je chausse les runnings, que la charge cumulée vélo+run doit être surveillée indépendamment des 10% par discipline, et que les semaines de décharge ne sont pas optionnelles. Il a aussi identifié le renforcement des fessiers comme cause racine à traiter dès maintenant, avant Deauville.

Graphique de progression de la charge run hebdomadaire en unités arbitraires, avec la limite TFL tracée en pointillés rouges et les semaines de décharge, illustrant la règle des 10% par semaine

C’est le point central de l’expérience : l’IA amplifie ce que vous lui apportez. Les données Strava, elle les lit toute seule. Votre historique médical, vos contraintes personnelles, vos sensations : c’est vous qui les amenez. Plus les questions sont précises, plus les réponses sont expertes.

Ce que j’aime

  • L’analyse des données existantes est instantanée et sans friction. Fini les copier-coller de résumés d’activité ou les captures d’écran de Strava.
  • Les constats que Claude a remontés (sorties soi-disant faciles trop intenses, cadence sous-optimale) sont des données que j’avais sous les yeux depuis des semaines sans les lire vraiment.
  • La prise en compte du contexte triathlon est réelle : le plan intègre les trois disciplines, la charge cumulée, et la logique d’affûtage avant une compétition.
  • Le plan est un cadre cohérent, pas une liste de séances génériques. Les phases correspondent à une logique d’entraînement qui tient la route.

Ce que j’aime moins

  • Le MCP est en lecture seule. Claude peut analyser et planifier, mais il ne peut pas créer de séances dans Strava, enregistrer le plan ou envoyer de rappels. Tout reste dans la conversation. Ça viendra peut-être avec un MCP Garmin ?
  • Le connecteur est réservé aux abonnés Strava payants. Ce n’est pas un détail pour tout le monde.
  • L’outil est aussi bon que les questions qu’on lui pose. C’est donc à double tranchant, et ça n’enlève pas le fait de se documenter en parallèle.

Mon verdict

Pour qui : les triathlètes qui ont déjà un historique Strava conséquent et qui veulent un plan personnalisé qui part de leur réalité terrain, pas d’un profil générique. Particulièrement utile si vous avez des contraintes spécifiques à intégrer (blessure passée, entraînement nocturne, charge vélo élevée).

Moins adapté pour : les débutants qui démarrent Strava depuis zéro, avec peu d’historique, l’analyse perd en précision. Et si vous n’avez pas d’abonnement Strava payant, le connecteur n’est pas accessible.

Ce que cette session m’a confirmé : l’IA ne remplace pas la connaissance de soi et de son corps, et pour le moment pas un coach. Elle structure, elle analyse, elle met en perspective. Mais c’est vous qui apportez ce qui compte vraiment : l’honnêteté sur vos limites, vos antécédents, vos contraintes réelles. À cette condition, le résultat est nettement au-dessus d’un plan générique trouvé en ligne.